Interview Masami Kurumada

Voici une interview de Masami Kurumada publié dans le magazine Anime Land n°97 (Décembre 2003 / Janvier 2004)

Monsieur Masami Kurumada

Vos oeuvres s'inscrivent en ligne directe de celles créées par Kajiwara Ikki. Est-ce un genre danS lequel vous vous reconnaissez ?

Oui, je suis un grand admirateur de ce sryle narratif. L'abnégation, le dépassemenr de soi. une amitié indéfectible...

Oui, mais souvent, ce genre de récit est assez dur, et les épilogues souvent tristes...

C'est vrai. Chaque, grande saga, si elle montre comment les héros luttent pour vivre, montre souvent, par un epilogue dramatique, une manière aussi de mourir...

Comme le héros de Ring ni Kakero1 dans la première série?

Oui...

Vos personnages de Saint Seiya ont connu un succès ènorme en Europe. Comment expliquez-vous cela ?

Je pense que si une histoire sait être prenante, avec des personnages étoffés. cela marche partout. La notion de héros est commune à toutes les cultures.

Vos personnages dépeints dans Saint Seiya ont quand même énormément de complexes. Cela ne fait pas très héroïque, yous ne trouvez pas ?

Vous savez, au tout début, lorsque je travaillais sur la trame de Saint Seiya, Athena ne devait pas exister. Chacun des personages avait sa propre quête et devait trouver sa propre "Athena". Comme vous l'avez remarqué, en effet, mes personage ont tous un complexe plus ou moins important, qui dirige leur vie. A chacun de savoir comment le gérer, mais cela pouvait être difficilement compris par le public qui lit Shônen Jump, et qui reste assez jeune au final. C'est pourquoi j'ai développé le personnage d'Athena.

Vous vous inscrivez donc dans cette mouvance Nekketsu, mais pourtant, vous avez su y apporter une touche personnelle indéniable.

Je pense qu'il y a une touche d'élégance que l'on ne retrouverait pas dans un manga de Kajirwara Ikki ou encore de Motomiya Hiroshi (Salaryman Kintarô). Les recherches que je faisais sur les noms d'attaque, les armures, l'univers des personages, etc. Je pense que cela a dû peser énormément auprès du public et ainsi pu conquérir un public plus large avec une grande part féminine que l'on ne retrouvait pas chez les autres auteurs, par exemple. Je fait toujours attention, en dessinant, à ce que mes manga dégagent un esthétisme, de la pureté...

Puisque nous parlons d'élégance... Vos histoires font aussi la part belle aux personnages féminins alors que l'univers de vos personnages est trés masculin.

Exact... Mes histoires sont des histoires Nekketsu, des histoires où les duels d'homme à homme sont légion, mais une des trames récurrentes du genre est aussi celui de la romance amoureuse. Dans l'enfer de la bataille, la douceur d'un personnage féminin ou bien encore la rigueur des conseils d'un maître, lui aussi de sexe féminin, peuvent jouer un rôle très important chez le héros, lui permettant ainsi de se dépasser.

Parlons de Saint Seiya. 2002-2003 a vu le retour de nos héros après plus de 10 ans d'absence. Et là encore, le succès reste très important. Alors, cela pourrait-il augurer un retour de Seiya en manga ?

Saint Seiya fut un manga très, très éprouvant pour moi. Dessiner chaque jour des personnages avec des armures de plus en plus complexes me vidait complètement de mon énergie. J'ai arrêté après Hades car je n'aurais pas plu aller plus loin.

Alors, pas de "Tenkai Hen" mettant en scène nos chevaliers au royaume de Zeus, pour un grand final?

Zeus ne devait pas être le chapitre final de Saint Seiya. Dans mon cheminement, je voulais terminer avec les deux dieux originels, Gaia et Cronos, dieux et parents de tous les autres. Mais je redessinerai très bientôt du Seiya, à l'occasion de la sortie, en février prochain, du nouveau film. Ce ne sera qu'un petit récit d'une dizaine de pages, je pense, qui se passera juste avant le début du long métrage. Je développe actuellement le grand méchant du film.

Comment se passe votre collaboration avec Araki Shingo (NDR : animateur et concepteur des personnages sur les adaptations animées de Seiya et Kojirô) ?

Très bien. Monsieur Araki a dû donner une force visuelle à la saga de Seiya. Son travail sur Seiya et sur Kojirô, par le passé, m'avait enchanté, et j'avais demandé et espéré obtenir sa participation sur les OAV d'Hades.

Où trouvez-vous votre inspiration lorsque vous développez certains de vos personnages ?

Je puise dans mes souvenirs. Je m'inspire de certains personnages de manga que j'avais lus dans le passé, mais aussi de personnages, ou de l'univers de certains films. Par exemple, j'aime beaucoup les films de yakuza réalisés par le regretté Fukasaku Kinji. Cette saga s'appelle Jingi naki tatakai (Combats sans honneur). J'aime aussi beaucoup la saga du Parrain.

Mais les héros de ces histoires sont plutôt du mauvais côté de la loi.

Certes, mais malgré tout, ils véhiculent une certaine aura. De plus, ces personnages, comme les scénarios, sont très élégants. Il y a une certaine grâce et une certaine esthétique dans ces films qui me plaisent beaucoup.

En octobre 1990, le succès de Saint Seiya bat son plein et France, et voila que vous êtes interviewé par une émission française (NDR : Le Club Dorothée)...

En effet, un matin, je reçois un appel de mon tanto2, chez Shûeisha, me disant qu'une émission française allait m'interviewer par téléphone, car la série marchait très bien chez eux. Avec le décallage horaire, l'interview s'est faite au beau milieu de la nuit. C'est ainsi que j'ai pu entendre le générique français et un peu de l'épisode dans votre langue.

Saint Seiya est diffusé aux Etats-unis. Que cela vous inspire-t-il?

Il y a quelques années de cela, un projet de film live était parvenu sur mon bureau. Hollywood avait même produit un pilote de quinze minutes. Mais l'essence de la série n'était pas respectée. Le design et la réalisation faisaient penser à une sorte de Tortues Ninjas, les noms étaient modifiés, etc. Le projet fut abandonné, faute d'avoir pu obtenir un résultat satisfaisant.

Outre la série Ring ni Kakero 2, que vous développez et dessinez vous-même, l'année 2002 a vu le commencement de la série Saint Seiya Episode G, dessiné par Okada Megumu, mais aussi d'une nouvelle saga de Fûma no Kojirô dessinée par votre élève direct, Yuri Satoshi. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces deux projets?

Je me tiens à un rôle de supervision, mais les dessinateurs sont totalement libres du développement de l'histoire. Okada Megumu fait un travail assez impressionnant, mais a réussi à savoir imposer un style et une histoire très fots. Yuri Satoshi est très conscienceux et travaille sérieusement. Etant mon élève, nous travaillons dans le même studio, alors je peux davantage m'occuper de son travail sur Kojirô que je ne le fait sur Episode G.

Vos personnages actuels sont de grands voyageurs. Votre personnage principal de Ring ni Kakero 2, Rindo, voyage en Italie et en France. Seiya et ses compagnons voyagent également énormément. Voyagez-vous aussi, vous même ?

Peu, malheureusement. Mon emploi du temps ne me le permet guère.

Aimeriez-vous parfois aller à la rencontre de vos fans, à l'étranger ?

Bien sûr, ce serait une expérience très enrichissante. Peut-être que, lorsque je serai un peu moins occupé, je pourrai aller en Europe et vous rendre visite.

Un message pour tous les fans français ?

Je vous remercie de m'avoir soutenu durant toutes ces années et j'espère que je pourrai bénéficier de vos encouragements pour l'avenir. Grâce à eux, vous avez pu montrer que les héros ne connaissaient pas de frontières, et que malgrè la barrière culturelle, une bonne histoire pouvait intéresser une large quantité de personnes.

Merci beaucoup, Monsieur Krurumada.

Interview réalisée par Pierre Giner.

1 - Ring ni Kakero est le premier grand manga de Kurumada, l'histoire d'un boxeur.
2 - Le tanto est une personne attribuée à un dessinateur, et qui se charge de récupérer les dessins originaux, de surveiller la production, gérer l'emploi du temps du dessinateur, etc.
Note : Une partie de cette interview fut réalisée et publiée dans Red Champion magazine par les éditions Akita Shoten.



Modifié par SandRock, le 23/04/2005        Tier-list SSCF.
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